Comprendre le rôle du Linky (et ses limites)

Le compteur Linky mesure vos consommations et permet à Enedis d’effectuer certaines opérations à distance (relevé, changement de puissance sous conditions, diagnostic). Il ne remplace pas le tableau électrique, ne corrige pas une absence de mise à la terre et ne compense pas des protections insuffisantes (fusibles inadaptés, absence d’interrupteur différentiel 30 mA, etc.).

En pratique, la pose du Linky s’accompagne parfois d’une remise en état de l’organe de coupure (selon les cas) ou met en évidence un problème existant : mauvais serrage, conducteurs fatigués, installation ancienne. D’où l’intérêt de vérifier les points ci-dessous.

À vérifier avant la pose : accessibilité, état général, mise à la terre

1) Accessibilité du compteur et du disjoncteur

Le technicien doit pouvoir accéder facilement au compteur et au disjoncteur de branchement (l’appareil qui coupe toute l’habitation, en amont du tableau). Vérifiez :

  • pas d’encombrement, de meuble fixé devant, ni de coffrage non démontable ;
  • local sec, ventilé, sans risque d’inondation ;
  • étiquetage clair si plusieurs compteurs (copropriété, division, dépendance).

2) État visuel : traces d’échauffement et vétusté

Sans démonter ni toucher des parties sous tension, repérez :

  • odeur de brûlé, plastique jauni, traces noires autour des bornes ;
  • boîtier fissuré, capot manquant, fils apparents ;
  • présence d’humidité ou de corrosion.

Ces signes justifient une vérification par un pro avant toute intervention.

3) Mise à la terre : un incontournable sécurité

La mise à la terre et la liaison équipotentielle (notamment dans la salle de bains) sont essentielles pour éviter l’électrisation. À vérifier :

  • présence d’un conducteur de terre (vert/jaune) arrivant au tableau ;
  • présence d’un bornier de terre au tableau ;
  • pour une maison : existence d’un piquet/prise de terre (souvent près de l’entrée, du garage ou en vide sanitaire).

La mesure de la résistance de terre nécessite un appareil adapté : si vous avez un doute, faites contrôler par un électricien.

Tableau électrique : protections et conformité

Le Linky n’impose pas à lui seul une rénovation, mais une installation conforme réduit les risques de déclenchements et d’incidents. L’objectif est d’être au plus près des exigences de la NF C 15-100 (rénovation) et des règles de sécurité.

Interrupteurs différentiels 30 mA : indispensables

Dans un logement, la protection différentielle 30 mA est la base. Vérifiez :

  • présence d’au moins un interrupteur différentiel 30 mA en tête de rangée ;
  • type A (plaques, lave-linge) et type AC (circuits courants) correctement répartis ;
  • bouton « Test » fonctionnel (à actionner périodiquement).

Disjoncteurs divisionnaires : calibration et cohérence

Les circuits doivent être protégés par des disjoncteurs adaptés :

  • éclairage souvent en 10 A ou 16 A ;
  • prises en 16 A ou 20 A selon le câblage ;
  • gros appareils dédiés (four, plaques, chauffe-eau) avec disjoncteurs et sections dédiés.

Un tableau avec fusibles anciens, bricolages (porte-fusible remplacé, pontages) ou disjoncteurs surdimensionnés doit être remis en ordre.

Parafoudre : utile selon la zone

Selon votre région et l’exposition de la ligne, l’installation d’un parafoudre au tableau peut être recommandée voire nécessaire. C’est un bon moment pour en parler à un électricien, surtout si vous avez des équipements sensibles (pompe à chaleur, électronique).

Disjoncteur de branchement et puissance : éviter les déclenchements

Après la pose du Linky, certains foyers constatent davantage de coupures. Ce n’est pas forcément « le compteur », mais un dimensionnement ou un usage qui n’était pas adapté.

Comprendre la puissance souscrite (kVA)

La puissance au contrat (ex. 6 kVA, 9 kVA, 12 kVA) doit correspondre à vos usages : chauffage électrique, chauffe-eau, induction, véhicule électrique, pompe à chaleur… Si vous cumulez plusieurs appareils, vous pouvez dépasser la puissance et provoquer un déclenchement.

À vérifier :

  • votre puissance souscrite sur la facture ;
  • l’usage simultané des appareils (heures creuses, cuisson + chauffe-eau + chauffage) ;
  • l’intérêt d’un délesteur ou d’une programmation.

Réglage et état du disjoncteur de branchement

Le disjoncteur de branchement (DB) protège l’installation en amont. S’il est très ancien, il peut être sensible ou présenter des défauts de serrage/contacts. Un contrôle par un professionnel peut éviter :

  • déclenchements aléatoires ;
  • échauffements au niveau des bornes ;
  • incompatibilités lors d’un changement de puissance.

Câblage et sections : points sensibles

Les problèmes révélés lors d’une intervention proviennent souvent de liaisons et serrages, plus que du compteur en lui-même.

Liaison compteur > disjoncteur > tableau

Entre le compteur, le disjoncteur de branchement et le tableau, les conducteurs doivent être :

  • de section adaptée à l’intensité ;
  • en bon état (gaine intacte, pas de cuivre apparent) ;
  • correctement serrés (un serrage insuffisant = échauffement).

Si votre tableau a été déplacé, ou si des extensions ont été faites (garage, dépendance), faites vérifier la cohérence de l’ensemble.

Vieilles installations : aluminium, tissus, dominos

Dans certains logements, on rencontre encore :

  • conducteurs en aluminium mal raccordés ;
  • isolants textiles ou gaines cassantes ;
  • boîtes de dérivation surchargées, dominos vieillissants.

Ces éléments augmentent le risque de faux contacts. Une rénovation partielle (remplacement des circuits critiques, reprises de connexions) peut suffire selon le diagnostic.

Coûts et facteurs de prix d’une mise en conformité

Le budget dépend surtout de l’état initial, de l’accessibilité et de l’ampleur des corrections. Ordres d’idée courants (variables selon région et complexité) :

  • Diagnostic et petits resserrages/repérages : 100 à 250 €
  • Remplacement/modernisation partielle du tableau (ajout différentiel, disjoncteurs, repérage) : 400 à 1 200 €
  • Remplacement complet du tableau : 900 à 2 500 €
  • Création/renforcement de prise de terre : 300 à 1 000 €
  • Mise en sécurité d’une salle de bains (liaisons, protections) : 200 à 800 €

Facteurs qui font varier le prix : nombre de circuits, état des gaines, nécessité de saignées, distance compteur-tableau, présence de dépendances, accessibilité (vide sanitaire, combles).

Erreurs fréquentes à éviter

  • Confondre “coupure” et “défaut Linky” : un dépassement de puissance ou un défaut d’isolement peut être la vraie cause.
  • Ajouter des appareils puissants sans vérifier la puissance : induction, sèche-linge, PAC, borne de recharge.
  • Ignorer une odeur d’échauffement : c’est un signal d’alerte prioritaire.
  • Multiplier les multiprises sur un seul circuit prises : risque de surcharge.
  • Intervenir soi-même sur l’amont (compteur/DB) : zone réglementée, danger et responsabilité.

Quand faire appel à un professionnel

Contactez un électricien (ou faites contrôler avant la pose) si vous êtes dans l’une de ces situations :

  • installation ancienne sans différentiel 30 mA ;
  • absence ou doute sur la mise à la terre ;
  • déclenchements répétés depuis la pose ou après un changement de puissance ;
  • traces d’échauffement, fils abîmés, boîtier détérioré ;
  • projet d’ajout d’équipements énergivores (chauffage électrique, VE, PAC).

Un pro pourra tester l’isolement, mesurer la terre, vérifier le serrage au couple, équilibrer les circuits et proposer une mise en sécurité ciblée.

Conclusion

Le compteur Linky ne rend pas une installation dangereuse, mais il peut mettre en lumière des faiblesses : protections insuffisantes, terre incertaine, connexions fatiguées ou puissance souscrite trop basse. En vérifiant l’accessibilité, l’état du disjoncteur de branchement, la présence de différentiels 30 mA, la qualité de la mise à la terre et la cohérence du tableau, vous sécurisez votre logement et limitez les coupures. En cas de doute, un diagnostic par un électricien est souvent la solution la plus rapide et la plus rassurante.

FAQ

Le Linky peut-il “faire disjoncter” plus qu’avant ?

Il peut révéler un dépassement de puissance ou un défaut déjà présent. Si les usages ont augmenté (induction, chauffage), une puissance souscrite trop faible provoque des coupures.

Dois-je mettre mon tableau aux normes pour avoir un Linky ?

La pose du compteur ne signifie pas automatiquement une mise aux normes complète. En revanche, une mise en sécurité (différentiels 30 mA, terre, protections adaptées) est fortement recommandée si l’installation est ancienne.

Que faire si j’ai une installation sans terre ?

Il est conseillé de créer ou rétablir une prise de terre et de vérifier les liaisons équipotentielles, surtout dans les pièces d’eau. Faites intervenir un électricien pour mesurer la résistance de terre et sécuriser le tableau.

Qui s’occupe du compteur et du disjoncteur de branchement ?

Le compteur et, selon les configurations, une partie des équipements en amont relèvent du gestionnaire de réseau (Enedis). Le tableau et l’installation intérieure relèvent du propriétaire/occupant.

Quel est le signe le plus urgent à traiter ?

Des traces d’échauffement, une odeur de brûlé, des coupures inexpliquées ou un bruit anormal au niveau du tableau/disjoncteur. Coupez si nécessaire et faites diagnostiquer rapidement.