Quels sont les risques d’une installation électrique non conforme ?

Les risques sont à la fois humains, matériels et financiers. Ils ne concernent pas uniquement les “vieilles maisons” : une extension, une cuisine refaite ou un garage aménagé peut créer des non-conformités si les protections n’ont pas été adaptées.

Risque d’incendie

Une grande partie des départs de feu domestiques est liée à l’électricité. Les causes typiques :

  • Connexions desserrées (échauffement dans les boîtes, prises, tableau).
  • Surcharges (multiprises, circuits sous-dimensionnés, mauvais calibre de disjoncteur).
  • Conducteurs dégradés (isolant craquelé, fils en tissu, gaines endommagées).
  • Absence de protection différentielle adaptée et sélective.

Risque d’électrisation / électrocution

Les risques augmentent en cas de :

  • Absence de mise à la terre ou terre inefficace.
  • Prises sans terre utilisées avec des appareils de classe I (lave-linge, four, etc.).
  • Non-respect des volumes dans la salle de bain (prises trop proches de la douche/baignoire).
  • Protection différentielle 30 mA absente ou insuffisante.

Pannes, dégâts sur les appareils et confort dégradé

Une installation “fatiguée” entraîne des disjonctions intempestives, des baisses de tension, des appareils qui s’abîment, et un manque de prises obligeant à multiplier les rallonges (ce qui renforce encore le risque d’échauffement).

Problèmes d’assurance, vente et responsabilité

  • Assurance habitation : en cas de sinistre, un réseau manifestement dangereux ou non entretenu peut compliquer l’indemnisation (au minimum, expertise et discussions).
  • Vente / location : le diagnostic électricité (pour les logements dont l’installation a plus de 15 ans) peut révéler des anomalies, influencer la négociation et obliger à prévoir des travaux.
  • Responsabilité du propriétaire : en location, le bailleur doit fournir un logement décent et une installation sûre.

Comment repérer une non-conformité (signes et contrôles)

Sans démonter l’installation, certains indices alertent. L’objectif est de détecter rapidement ce qui relève d’une mise en sécurité électrique (prioritaire) versus une mise aux normes complète (plus ambitieuse).

Signes visibles et symptômes

  • Disjoncteur qui saute souvent, surtout à l’usage d’un appareil précis.
  • Prises ou interrupteurs chauds, odeur de plastique, traces brunes.
  • Grésillement dans une prise, une boîte de dérivation ou au tableau.
  • Prises sans terre dans des pièces où l’on branche des appareils puissants.
  • Tableau ancien : porte-fusibles, absence d’étiquetage, fils en “vrac”.
  • Rallonges et multiprises utilisées en permanence (manque de circuits/prises).

Vérifications simples (sans risque)

  • Repérer au tableau la présence d’au moins un interrupteur différentiel 30 mA (type A et/ou AC). S’il n’y en a pas, c’est une priorité.
  • Tester le bouton “T” des différentiels (test mensuel recommandé) : il doit déclencher.
  • Contrôler si les prises principales sont bien avec broche de terre.
  • Identifier les pièces d’eau : présence de prises près d’un point d’eau, éclairage inadapté, etc.

Pour un diagnostic fiable, faites réaliser un audit par un électricien (ou appuyez-vous sur le diagnostic réglementaire dans le cadre d’une vente/location). Il pourra mesurer la terre, vérifier les sections, calibres et la continuité des conducteurs.

Les non-conformités les plus fréquentes (et pourquoi elles sont dangereuses)

Absence ou insuffisance de protection différentielle 30 mA

La protection différentielle protège les personnes en cas de fuite de courant. Sans 30 mA, une fuite peut ne pas déclencher assez vite, surtout dans les pièces humides ou avec des appareils en défaut.

Mise à la terre absente ou défaillante

Une terre inexistante ou trop résistive empêche l’évacuation correcte des courants de défaut. Conséquence : les masses métalliques (carcasse d’un appareil) peuvent devenir dangereuses.

Tableau électrique inadapté ou vétuste

On retrouve souvent :

  • Des fusibles au lieu de disjoncteurs modulaires.
  • Absence de coupure générale accessible.
  • Circuits non identifiés, borniers surchargés, neutres mélangés.
  • Pas de parafoudre dans les zones où il est recommandé/nécessaire.

Circuits mal dimensionnés et surprotections

Un disjoncteur trop fort sur des fils trop fins est un cas classique : le câble peut chauffer sans que la protection ne déclenche. À l’inverse, une protection trop faible cause des coupures répétées.

Non-respect des règles dans la salle de bain et la cuisine

Les pièces d’eau imposent des contraintes (volumes, IP, protections, liaison équipotentielle). Les erreurs les plus à risque :

  • Prise trop proche d’une baignoire/douche.
  • Absence de différentiel 30 mA dédié/proche.
  • Luminaire non adapté à l’humidité.

Connexions et dérivations “bricolées”

Dominos mal serrés, scotch, boîtes de dérivation enterrées/inaccessibles : ces pratiques sont un facteur majeur d’échauffement et rendent tout dépannage dangereux.

Comment corriger : priorités, étapes et bonnes pratiques

La bonne approche consiste à sécuriser d’abord, puis à améliorer. Une mise en sécurité électrique vise à supprimer les dangers immédiats, même si tout n’est pas “au dernier standard”. Une mise aux normes (NF C 15-100) correspond davantage à une rénovation complète ou à une création d’installation.

1) Priorité n°1 : protéger les personnes

  1. Installer/mettre à niveau les interrupteurs différentiels 30 mA au tableau : généralement type AC (circuits courants) et type A (plaques, lave-linge, certains circuits spécialisés). Le dimensionnement (40A/63A) dépend de l’abonnement et du nombre de circuits.
  2. Vérifier la prise de terre (piquet, boucle, conducteur principal) et mesurer sa résistance. Mettre en place une terre conforme si nécessaire.
  3. Mettre en place la liaison équipotentielle dans la salle de bain (et contrôler la continuité des conducteurs de protection).

2) Priorité n°2 : fiabiliser le tableau électrique

En pratique, une correction efficace passe souvent par une rénovation du tableau :

  • Remplacement des porte-fusibles par des disjoncteurs adaptés.
  • Ajout d’une coupure d’urgence et d’un repérage clair des circuits.
  • Réorganisation (peignes, borniers) pour éviter les surcharges et faciliter la maintenance.
  • Ajout d’un parafoudre si pertinent selon la zone et l’alimentation.

3) Priorité n°3 : remettre les circuits en conformité

Selon l’état, plusieurs niveaux :

  • Correction ciblée : reprise des connexions, remplacement des appareillages brûlés, ajout de prises (en respectant sections et protections).
  • Création de circuits spécialisés (four, plaques, lave-linge, chauffe-eau) avec protections dédiées si absent.
  • Remplacement de lignes : si conducteurs trop anciens ou sections inadaptées, il faut tirer de nouvelles lignes (souvent en goulotte ou en encastré lors d’une rénovation).

4) Cas particulier : salle de bain et extérieur

  • Salle de bain : respecter les volumes, choisir un matériel adapté (IP), vérifier la liaison équipotentielle et la présence du différentiel 30 mA.
  • Extérieur : appareillage étanche, protections adaptées, câbles et gaines conformes, différentiel 30 mA, mise à la terre.

Travaux : qui fait quoi ?

Certains gestes simples (remplacer une prise à l’identique, resserrer au tableau) peuvent sembler accessibles, mais le risque d’erreur est élevé et les conséquences graves. Dès qu’il s’agit du tableau, de la terre ou de la création/modification de circuits, l’intervention d’un électricien est la solution la plus sûre.

Combien ça coûte ? Fourchettes et facteurs de prix

Les coûts varient fortement selon l’accessibilité (encastré vs apparent), le niveau de rénovation, la surface et le nombre de circuits. Voici des ordres de grandeur courants pour un logement en France (main-d’œuvre et fournitures variables selon régions et complexité).

Fourchettes indicatives

  • Mise en sécurité (corrections prioritaires, tableau partiel, points critiques) : souvent 500 à 2 500 €.
  • Remplacement/modernisation du tableau électrique : fréquemment 800 à 2 500 € selon nombre de rangées, différentiels, options (parafoudre, contacteur HC, etc.).
  • Rénovation électrique complète d’un appartement/maison : souvent 80 à 150 €/m² (voire plus en encastré lourd), selon finitions et niveau d’équipement.
  • Ajout d’un circuit spécialisé : ordre de grandeur 150 à 600 € selon longueur et saignée.

Ce qui fait varier le prix

  • Type de pose : encastré (saignées, rebouchage, peinture) vs goulottes.
  • État des gaines existantes : réutilisables ou non.
  • Accès (combles, vide sanitaire, murs porteurs, carrelage).
  • Nombre de circuits et d’appareillages (prises, points lumineux, RJ45).
  • Options : parafoudre, coffret de communication, domotique, VMC, IRVE.

Conseil : demandez au moins deux devis détaillés (liste des circuits, marque de matériel, schéma unifilaire si nécessaire, modalités de remise en état des murs).

Quand faire appel à un professionnel (et quels documents)

Faites intervenir un électricien sans attendre si vous constatez une odeur de brûlé, des traces noires, des prises chaudes, des disjonctions répétées, ou si le tableau est ancien et non protégé par des différentiels 30 mA.

Situations où c’est indispensable

  • Remise à niveau du tableau (différentiels, peignes, rééquilibrage des circuits).
  • Création de nouveaux circuits (cuisine, chauffe-eau, chauffage électrique, borne de recharge).
  • Mise à la terre (création, mesure, reprise des conducteurs).
  • Travaux en salle de bain (volumes, liaison équipotentielle).
  • Rénovation complète avec saignées/encastré.

Et l’attestation Consuel ?

Le Consuel est généralement requis pour une installation neuve ou une rénovation totale avec remise en service/compteur, ou lorsque le gestionnaire de réseau l’exige. Pour des corrections partielles, ce n’est pas systématique. L’électricien pourra vous dire si une attestation est nécessaire selon la nature des travaux.

Entretien et prévention : garder une installation sûre

  • Tester les différentiels via le bouton “T” environ une fois par mois.
  • Éviter les surcharges : limitez les multiprises en cascade, répartissez les gros appareils.
  • Surveiller les signes : échauffement, odeurs, disjonctions inhabituelles.
  • Faire vérifier le tableau et les serrages périodiquement, surtout après des travaux ou si le logement est ancien.
  • Protéger contre la foudre si votre zone est exposée (parafoudre + bonnes pratiques).

Erreurs courantes à éviter

  • Remplacer un fusible par un calibre plus fort “pour que ça tienne” : vous supprimez la protection du câble.
  • Ajouter des prises en repiquant n’importe où sans vérifier section, protection et nombre de points par circuit.
  • Enterrer des boîtes de dérivation derrière un doublage ou du carrelage : elles doivent rester accessibles.
  • Ignorer la terre : ajouter un différentiel sans terre ne règle pas tous les défauts.
  • Mélanger neutres et phases de différents circuits sous un même différentiel : déclenchements et diagnostic difficile.
  • Oublier les pièces d’eau : la salle de bain est l’une des zones les plus réglementées et les plus sensibles.

Conclusion

Une installation électrique non conforme expose à des risques réels : incendie, électrisation, pannes et complications en cas de sinistre ou de vente. La stratégie la plus efficace consiste à traiter d’abord la sécurité (différentiels 30 mA, mise à la terre, tableau, salle de bain), puis à planifier une mise aux normes plus complète si nécessaire. En cas de doute, un diagnostic par un électricien permet de prioriser les travaux et d’obtenir un devis clair, circuit par circuit.

FAQ

Une installation “non conforme” est-elle forcément dangereuse ?

Pas toujours, mais elle présente souvent des anomalies qui peuvent le devenir (surcharge, connexions, absence de 30 mA, défaut de terre). L’enjeu est d’identifier les points critiques et de réaliser une mise en sécurité.

Quels sont les travaux prioritaires à faire en premier ?

En général : ajouter/mettre à niveau les différentiels 30 mA, assurer une mise à la terre efficace, fiabiliser le tableau électrique, et corriger les points à risque en salle de bain et cuisine.

Combien de différentiels 30 mA faut-il dans un logement ?

Il n’y a pas un chiffre unique applicable à tous les cas : cela dépend du nombre de circuits, de la puissance et de l’organisation du tableau. Un électricien dimensionne pour éviter qu’un défaut sur un circuit ne coupe tout le logement et pour respecter les bonnes pratiques de répartition.

Puis-je garder des prises sans terre ?

Dans un logement ancien, on peut rencontrer des prises sans terre. Toutefois, pour les pièces où l’on branche des appareils puissants ou des appareils avec carcasse métallique, la présence de la terre est fortement recommandée. L’idéal est de tirer de nouvelles lignes avec conducteur de protection.

Le diagnostic électricité oblige-t-il à faire des travaux ?

Le diagnostic informe sur l’état et les anomalies ; il n’impose pas automatiquement des travaux pour vendre. En revanche, il influence souvent la négociation. Pour louer, le logement doit rester sûr et décent : certaines situations nécessitent une correction.

Comment savoir si ma prise de terre est bonne ?

Il faut une mesure avec un appareil adapté (contrôleur de terre) et une vérification de continuité des conducteurs de protection. Un simple testeur de prise peut donner une indication, mais ne remplace pas une mesure professionnelle.