Reconnaître une fenêtre mal posée : signes et conséquences

Une pose défectueuse se repère souvent dès les premières semaines, mais certains désordres apparaissent après un épisode pluvieux ou un hiver. Les symptômes les plus courants concernent l’étanchéité, l’alignement et la stabilité.

Signes typiques de malfaçons

  • Infiltrations d’eau au bas des dormants, traces d’humidité, moisissures, peinture qui cloque.
  • Courants d’air ou sensation de froid près de la menuiserie, joints écrasés ou discontinus.
  • Fenêtre qui ferme mal : frottements, poignée dure, défaut de verrouillage, ouvrant désaxé.
  • Jeux anormaux entre l’ouvrant et le dormant, vitrage qui vibre au vent.
  • Finitions bâclées : appuis mal repris, habillages mal fixés, mastic irrégulier, calfeutrement absent.
  • Ponts thermiques : zones froides autour du tableau, condensation récurrente sur les bords.

Risques si vous ne faites rien

Au-delà de l’inconfort, une fenêtre mal posée peut causer des dégâts des eaux, favoriser la dégradation des isolants, endommager les doublages intérieurs, et augmenter la facture énergétique. Sur le long terme, l’humidité peut atteindre maçonneries et enduits, rendant la reprise plus coûteuse.

Les premiers réflexes à avoir

Avant de parler garanties, il faut documenter la situation et éviter les actions qui compliqueraient la preuve (démontage, modifications). L’objectif est de déclencher une correction rapide tout en préparant un dossier solide.

1) Constituer des preuves

  • Photos et vidéos datées (infiltrations, défauts d’alignement, joints, traces d’humidité).
  • Relevés simples : test à la feuille de papier (prise d’air), mesure d’écart visible, observations par temps de pluie.
  • Conserver devis, facture, bon de commande, notices produit, échanges e-mails/SMS.

2) Notifier l’entreprise rapidement

Contactez l’installateur et demandez une intervention. Puis formalisez par courrier recommandé avec accusé de réception : description des désordres, demande de reprise, et délai raisonnable (souvent 8 à 15 jours) pour proposer un rendez-vous.

3) Éviter les réparations définitives sans accord

Une mise en sécurité temporaire (bâchage, protection contre l’eau) est légitime. En revanche, une reprise complète par une autre entreprise sans constat préalable peut rendre le recours plus difficile, sauf urgence avérée. Si vous devez agir vite, documentez au maximum et conservez les pièces déposées.

Quelles garanties s’appliquent ?

En France, les garanties varient selon la nature du défaut (fonctionnement, conformité, gravité) et selon que vous êtes dans le neuf, l’existant, ou une rénovation lourde. Les fenêtres relèvent à la fois de la menuiserie (produit) et de la pose de fenêtres (travaux).

La garantie de parfait achèvement (GPA) : 1 an

Applicable aux travaux relevant d’un marché de travaux (notamment en construction/extension). Pendant un an après la réception, l’entreprise doit réparer les désordres signalés, qu’ils soient apparents ou révélés ensuite. La clé est la réception (procès-verbal) : notez les réserves dès la remise.

La garantie biennale (bon fonctionnement) : 2 ans

Elle couvre pendant 2 ans les éléments dissociables, liés au bon fonctionnement : quincaillerie, poignées, crémones, mécanismes d’ouvrants, volets roulants associés, etc. Une fenêtre qui ne s’ouvre pas correctement peut entrer dans ce cadre si le problème relève d’un élément dissociable.

La garantie décennale : 10 ans

La garantie décennale s’applique pendant 10 ans si le défaut compromet la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Exemples fréquents : infiltrations répétées rendant une pièce inutilisable, défaut d’étanchéité entraînant des désordres importants, dégradation du support. Pour la fenêtre, c’est souvent l’étanchéité à l’air et à l’eau et l’impact sur le bâti qui font basculer en décennal.

La garantie légale de conformité et la garantie des vices cachés

Si le litige porte sur le produit (fenêtre non conforme à la commande, dimensions, performance, teinte), vous pouvez invoquer la garantie légale de conformité dans le cadre d’un achat auprès d’un professionnel. La garantie des vices cachés peut aussi s’appliquer si un défaut grave, non apparent à l’achat, rend le produit impropre à l’usage.

Garantie commerciale fabricant : attention aux limites

De nombreux fabricants proposent des garanties (profilés, vitrage, quincaillerie). Elles ne remplacent pas les garanties légales et couvrent rarement les défauts de pose. Vérifiez les conditions : entretien, exclusions, preuves d’achat, délai de déclaration.

Recours possibles : amiable, assurances, justice

Le meilleur scénario reste une résolution amiable rapide. Mais si l’entreprise ne répond pas ou conteste, il faut monter en puissance étape par étape.

1) Mise en demeure

Si la première demande reste sans effet, envoyez une mise en demeure en recommandé : rappels des faits, fondement (garantie applicable), demande de reprise ou de remboursement, et délai ferme. Indiquez qu’à défaut vous saisirez assurance, médiation ou tribunal.

2) Déclarer à l’assurance (selon la situation)

  • Assurance décennale de l’entreprise : demandez l’attestation fournie au moment du chantier et contactez l’assureur si un désordre relève du décennal.
  • Assurance habitation : en cas de dégâts des eaux, votre contrat peut couvrir des dommages consécutifs (à vérifier), et aider à mandater un expert.
  • Dommage-ouvrage (si vous en avez une, plutôt en construction) : elle accélère l’indemnisation des désordres décennaux.

3) Expertise : amiable ou judiciaire

Une expertise amiable contradictoire (avec convocation de l’entreprise) permet souvent de débloquer la situation. Si le litige s’enlise, l’expertise judiciaire (référé) établit les responsabilités et chiffre les réparations. Plus votre dossier est étayé (photos, factures, constats, courriers), plus vous gagnez en crédibilité.

4) Médiation / conciliateur / tribunal

Selon le contexte, vous pouvez saisir un médiateur de la consommation (si contrat avec un professionnel), un conciliateur de justice, ou engager une procédure. Pour les montants élevés, l’accompagnement par un avocat peut être pertinent, notamment si la fenêtre mal posée entraîne des travaux de reprise du tableau, de l’isolation ou des finitions intérieures.

Coûts, devis et facteurs de prix pour une reprise

Le coût dépend surtout de l’ampleur de la reprise : simple réglage, réfection de l’étanchéité, ou dépose totale et repose. En cas de litige, obtenez au moins deux devis d’entreprises différentes : ils servent à chiffrer le préjudice et à comparer les solutions.

Ordres de grandeur (indicatifs)

  • Réglages quincaillerie (alignement, compression des joints) : souvent 80 à 200 € si hors garantie/déplacement.
  • Reprise de calfeutrement (mousse, compribande, mastic, bavettes) : 150 à 500 € selon accès et finitions.
  • Dépose et repose complète : 400 à 1 200 € par fenêtre (et plus si menuiserie spécifique, grandes dimensions, étage).
  • Réparations connexes (plâtre, peinture, isolant, appui, étanchéité façade) : variable, parfois plus coûteux que la pose elle-même.

Ce qui fait varier le prix

  • Type de pose : en rénovation sur dormant existant, en dépose totale, en tunnel.
  • Accès (étage, échafaudage), complexité des tableaux, état du support.
  • Matériaux et options : PVC, aluminium, bois, vitrage acoustique/thermique.
  • Niveau de finition : habillages, reprises d’enduits, tapées d’isolation.

Prévenir les malfaçons lors d’une pose de fenêtres

La prévention commence avant le chantier : un bon devis et une bonne préparation réduisent fortement les risques.

Points à exiger avant signature

  • Un devis détaillé : type de pose, traitement des dormants, étanchéité, finitions intérieures/extérieures.
  • Les performances annoncées (Uw, Sw), le type de vitrage, la ventilation si nécessaire.
  • L’attestation d’assurance décennale à jour, au nom exact de l’entreprise.
  • Planning, conditions de réception et de paiement (éviter le 100 % avant réception).

Contrôles le jour de la réception

  • Test d’ouverture/fermeture de chaque ouvrant, verrouillage, position des gâches.
  • Vérification visuelle des joints, des bavettes, de l’alignement et des finitions.
  • En cas de doute : émettre des réserves sur le PV de réception ou par écrit immédiatement.

FAQ

Comment prouver qu’une fenêtre est mal posée ?

Photos/vidéos, traces d’infiltration, mesures simples (jours, défaut d’aplomb), et idéalement une expertise amiable contradictoire. Conservez devis, facture et courriers recommandés.

Quel délai pour signaler une malfaçon après la pose ?

Agissez dès la découverte. Selon le cas : parfait achèvement (1 an après réception), biennale (2 ans) ou décennale (10 ans). Plus vous attendez, plus la preuve et le lien de causalité peuvent être discutés.

La décennale couvre-t-elle les infiltrations autour des fenêtres ?

Souvent oui si l’infiltration rend l’ouvrage impropre à sa destination ou cause des dégâts importants. Une humidité ponctuelle sans conséquence peut relever d’autres garanties ou d’une obligation de reprise au titre de la pose.

Puis-je faire intervenir une autre entreprise immédiatement ?

Seulement en cas d’urgence (sécurisation, risque de dégâts). Sinon, informez d’abord l’entreprise initiale et privilégiez un constat/expertise pour éviter toute contestation.

Dois-je payer la facture si la pose est mal faite ?

Tout dépend du stade et de l’ampleur des défauts. En pratique, on évite de solder avant réception sans réserves. Si la facture est déjà payée, les garanties et recours restent ouverts : formalisez vos demandes par écrit.

Conclusion

Face à des fenêtres mal posées, la clé est de réagir vite, documenter les désordres et activer la bonne garantie (parfait achèvement, biennale, décennale, ou garanties liées au produit). Une démarche progressive — demande écrite, mise en demeure, expertise, puis recours — permet souvent d’obtenir une reprise sérieuse sans aller jusqu’au contentieux. Si les infiltrations ou défauts d’étanchéité s’aggravent, n’hésitez pas à solliciter un professionnel pour un diagnostic et à mobiliser les assurances concernées.