Comprendre heures creuses / heures pleines

L’option heures creuses (HC) / heures pleines (HP) propose deux prix du kWh selon des plages horaires définies (souvent 8 heures “creuses” par jour). Le principe est simple : déplacer une partie de votre consommation vers les heures creuses, lorsque le kWh est moins cher.

Horaires : fixes, mais variables selon votre compteur

Les plages HC/HP dépendent de votre contrat et de votre zone. Elles sont généralement la nuit, parfois avec une coupure en journée. Avec un compteur communicant, ces horaires sont disponibles sur l’espace client de votre fournisseur ou affichables via l’interface du compteur.

Le signal de commande : le “contact sec”

Pour automatiser certains appareils (notamment le ballon d’eau chaude), le réseau envoie un ordre HC/HP exploité via un contact sec (bornes C1/C2 sur de nombreux compteurs). Ce signal pilote un contacteur jour/nuit au tableau électrique, qui alimente le chauffe-eau uniquement en heures creuses (ou selon réglage).

Est-ce rentable chez vous ?

L’option HC/HP n’est pas systématiquement avantageuse : le kWh est moins cher en HC, mais plus cher en HP, et l’abonnement peut différer. Pour que ce soit rentable, il faut décaler suffisamment de kWh vers les heures creuses.

Quels usages se prêtent le mieux au décalage ?

  • Chauffe-eau électrique (ballon) : souvent le levier n°1.
  • Lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle : via départ différé.
  • Recharge de véhicule électrique : très favorable si vous chargez majoritairement la nuit.
  • Pompe à chaleur (partiellement) : possible selon inertie et réglages, mais à manier avec prudence pour le confort.

Une méthode simple pour décider

  1. Regardez votre consommation annuelle (kWh) et identifiez les gros postes (eau chaude, chauffage, véhicule électrique).
  2. Estimez la part que vous pouvez basculer en HC (objectif souvent : une part significative, surtout si vous avez un ballon).
  3. Comparez le coût annuel en option Base vs HC/HP (simulateur fournisseur ou tableur).

Si vous ne pouvez déplacer qu’une faible part (petit logement sans ballon électrique, peu d’électroménager programmable), l’option Base peut rester plus intéressante.

Piloter les équipements : chauffe-eau, chauffage, électroménager

Optimiser le chauffe-eau avec un contacteur jour/nuit

Le montage classique comprend un disjoncteur dédié (souvent 20 A en 2,5 mm²) et un contacteur HP/HC avec 3 positions : Auto, 0 (arrêt), I (marche forcée). En position Auto, le ballon chauffe uniquement pendant les heures creuses via le signal.

  • Auto : mode normal recommandé.
  • I (marche forcée) : utile en cas de besoin exceptionnel d’eau chaude, mais à remettre sur Auto ensuite.
  • 0 : pour couper pendant une absence prolongée (avec les précautions d’usage).

Réglage important : la température du ballon (souvent 55–60 °C) doit équilibrer confort, économie et contraintes sanitaires.

Programmer les appareils électroménagers

La plupart des appareils proposent un départ différé. Visez un lancement en début de plage heures creuses pour éviter que le cycle se prolonge en heures pleines. Pour le sèche-linge, surveillez les nuisances sonores si la machine tourne la nuit (copropriété, chambres attenantes).

Chauffage électrique et pompe à chaleur : optimisation “fine”

Pour des radiateurs électriques, on peut utiliser la programmation (pilotage fil pilote, thermostat central, scénarios) afin de réduire légèrement en HP et remonter en HC. Attention : si le logement a peu d’inertie, des écarts trop marqués dégradent le confort et peuvent annuler le gain.

Pour une pompe à chaleur, l’optimisation se fait plutôt via la courbe de chauffe, les plages de confort/éco et la régulation, plus que par un arrêt strict en HP. L’objectif : éviter les relances énergivores et maintenir un fonctionnement stable.

Optimiser le tableau électrique et les protections

Une installation “optimisée” n’est pas seulement une programmation : c’est aussi un tableau adapté, conforme et sûr.

Les éléments clés au tableau

  • Interrupteur différentiel (30 mA) protégeant le circuit du chauffe-eau et/ou les circuits concernés.
  • Disjoncteur divisionnaire dédié au chauffe-eau (calibre adapté à la section et à la puissance).
  • Contacteur heures creuses (jour/nuit) correctement câblé.
  • Câblage de commande depuis le compteur (bornes de télécommande) vers la bobine du contacteur.

Et si vous avez un compteur récent et une domotique ?

Il est possible d’aller plus loin avec un gestionnaire d’énergie ou une box domotique : déclenchement des appareils en HC, délestage pour éviter de dépasser la puissance souscrite, suivi des consommations par usage. Cela reste pertinent surtout en maison équipée (ballon, chauffage électrique, véhicule électrique).

Étapes concrètes pour optimiser son installation

  1. Récupérer vos horaires HC et vérifier qu’ils correspondent à vos usages (ex. lave-linge la nuit, ballon, recharge).
  2. Contrôler le chauffe-eau : position du contacteur (Auto), déclenchement en HC, présence d’eau chaude en journée.
  3. Tester la marche forcée : si le ballon chauffe en “I” mais pas en Auto, suspectez le signal HC ou le câblage/commande du contacteur.
  4. Programmer l’électroménager : départ différé, éviter les cycles chevauchant les HP.
  5. Mesurer et suivre : comparez une semaine “avant/après” (conso kWh, coût estimé).
  6. Ajuster : si vous manquez d’eau chaude, augmentez légèrement la consigne ou repositionnez les usages en début de HC.

Coûts et facteurs de prix

Les coûts dépendent de l’état de l’existant. Si votre tableau est déjà prévu pour les heures creuses, l’optimisation peut être quasi gratuite (réglages). Sinon, voici les principaux postes.

Ordres de grandeur (matériel + pose)

  • Contacteur jour/nuit : selon marque et capacité, généralement un coût modéré, auquel s’ajoute la pose.
  • Disjoncteur dédié / mise en conformité partielle : variable selon le tableau et la place disponible.
  • Ajout d’un module de programmation/gestion d’énergie : plus onéreux, pertinent si plusieurs usages à piloter.

Ce qui fait varier le prix

  • Place disponible au tableau (ajout d’un petit coffret annexe si nécessaire).
  • Accessibilité et longueur des liaisons de commande (compteur/tableau).
  • État général de l’installation (différentiels à compléter, repérage des circuits, remise en ordre).
  • Complexité de pilotage (domotique, délestage, borne de recharge).

Entretien et suivi des consommations

Pour maintenir les gains dans le temps :

  • Surveillez la marche forcée : un contacteur laissé sur “I” annule l’intérêt des heures creuses.
  • Contrôlez l’entartrage du chauffe-eau (selon dureté de l’eau) : une résistance entartrée chauffe moins bien et consomme plus.
  • Suivez votre conso via l’espace client ou un suivi par compteur/gestionnaire : repérez les dérives.
  • Adaptez les programmations en cas de changement d’habitudes (télétravail, arrivée d’un véhicule électrique, etc.).

Erreurs fréquentes à éviter

  • Choisir HC/HP sans pouvoir déplacer la consommation : vous payez plus cher en heures pleines sans contrepartie.
  • Ballon d’eau chaude non piloté (ou contacteur HS) : le ballon chauffe en HP, ou ne chauffe pas du tout en Auto.
  • Cycles d’appareils lancés trop tard : finissant en heures pleines, vous perdez une partie du gain.
  • Sur-optimiser le chauffage : abaissements trop forts en HP, inconfort et surconsommation à la relance.
  • Tableau électrique bricolé : mauvais câblage de la commande HC, protections inadaptées, risques et pannes.

Quand faire appel à un professionnel

Un électricien est recommandé si :

  • Vous n’avez pas de contacteur heures creuses et souhaitez en installer un pour le chauffe-eau.
  • Le ballon ne se déclenche pas en Auto (diagnostic : signal, bobine, câblage, disjoncteur).
  • Votre tableau est ancien, manque de différentiels, ou n’a plus de place.
  • Vous envisagez un pilotage avancé (délestage, gestionnaire d’énergie, borne de recharge).

En pratique, l’intervention est souvent rapide, mais elle doit être proprement repérée et sécurisée : c’est la base d’une optimisation durable.

Conclusion

Optimiser une installation en heures creuses / heures pleines consiste à faire coïncider technique (contacteur jour/nuit, protections, pilotage) et usages (programmation, recharge, eau chaude). Le chauffe-eau est généralement le meilleur levier, puis viennent l’électroménager et, selon les cas, la recharge et la régulation du chauffage. Prenez le temps de vérifier le déclenchement en Auto, d’ajuster vos programmations et de suivre vos consommations : c’est souvent là que se trouvent les économies réelles.

FAQ

Comment savoir si mon chauffe-eau chauffe bien en heures creuses ?

Mettez le contacteur en position Auto et observez si, pendant une plage HC, le chauffe-eau se met en chauffe (bruit léger, témoin éventuel, hausse de conso). Si vous n’avez pas d’eau chaude le lendemain, testez la marche forcée : si cela fonctionne, le problème vient souvent de la commande HC ou du contacteur.

Peut-on laisser la marche forcée tout le temps ?

Techniquement oui, mais cela supprime l’intérêt des heures creuses : le ballon chauffera aussi en heures pleines. La marche forcée doit rester ponctuelle (invités, besoin exceptionnel).

Est-ce que les heures creuses sont toujours la nuit ?

Souvent, mais pas toujours. Certaines zones ont une ou deux plages, parfois avec une portion en journée. Vérifiez vos horaires exacts sur votre contrat ou votre espace client.

Quels appareils faut-il absolument programmer en heures creuses ?

En priorité : chauffe-eau électrique, recharge de véhicule électrique, puis lave-vaisselle/lave-linge/sèche-linge si vous pouvez les faire tourner en HC sans contrainte (bruit, sécurité, organisation).

Un gestionnaire d’énergie est-il utile sans chauffage électrique ?

Il peut l’être si vous avez plusieurs gros usages décalables (ballon + véhicule électrique + électroménager) et si vous souhaitez un suivi précis. Sinon, un contacteur pour le ballon et de bonnes programmations suffisent souvent.