Pourquoi l’étanchéité est indispensable

Dans une salle de bains, l’eau ne vient pas seulement des projections visibles : la vapeur, les ruissellements et les micro-fuites finissent par pénétrer les supports si ceux-ci ne sont pas protégés. Les conséquences typiques sont :

  • Infiltrations dans les cloisons, planchers, plafonds (taches, auréoles, gonflement).
  • Moisissures et odeurs persistantes, surtout dans les angles et derrière les équipements.
  • Décollement du carrelage ou des revêtements, joints qui noircissent prématurément.
  • Dégradation des supports (placo standard, bois, chape) et frais de réparation élevés.

L’objectif est de créer une barrière continue contre l’eau, particulièrement dans les zones d’eau directe (douche à l’italienne, contour de baignoire, sol proche de la douche).

Normes et règles à connaître

En France, l’étanchéité des locaux humides s’appuie sur des règles professionnelles et des documents de référence. Sans entrer dans un cours de réglementation, retenez les points clés :

SPEC et SEL : deux familles à ne pas confondre

  • SPEC (Système de Protection à l’Eau sous Carrelage) : protection sous carrelage en intérieur. C’est la solution la plus courante en salle de bains.
  • SEL (Système d’Étanchéité Liquide) : étanchéité plus « structurelle », utilisée selon les configurations (certaines douches, supports sensibles, contraintes particulières). Un SEL peut servir sous carrelage, mais tous les produits ne se valent pas.

Ce que vous devez vérifier sur les produits

  • Avis Technique / DTA ou conformité aux règles pro du fabricant pour l’usage visé (douche, sol, mur, plancher chauffant…).
  • Compatibilité support (plaque de plâtre hydrofuge, béton, ancienne faïence, OSB…)
  • Compatibilité revêtement (type de carrelage, format, pierre naturelle, mosaïque).

En rénovation, suivez toujours la notice du système (primaire, nombre de couches, temps de séchage). Un produit bien choisi mais mal appliqué ne protège pas.

Quelles zones étancher en priorité

On ne traite pas une salle de bains comme une cuisine : il faut hiérarchiser selon l’exposition à l’eau.

1) Douche (surtout douche à l’italienne)

C’est la zone la plus critique : sol + murs, angles, traversées de canalisations, bonde/siphon, jonction receveur/murs. Une douche à l’italienne nécessite une continuité parfaite entre la pente, la bonde et l’étanchéité.

2) Autour de la baignoire

Le point faible classique est la jonction baignoire/faïence. Une étanchéité sous carrelage + un joint de finition adapté limitent le risque de fuite derrière la baignoire.

3) Sol de la salle de bains

Utile surtout si la pièce est petite, si vous avez des enfants, ou si un lave-linge est présent. En étage, protéger le plancher est un vrai plus.

4) Points singuliers

  • Angles mur/mur et mur/sol
  • Passages de tubes (robinetterie, évacuation)
  • Seuils de porte et changements de revêtement

Produits et systèmes : lequel choisir

Le mot-clé ici est système : primaire + résine/membrane + bandes d’angle + accessoires + colle adaptée. Mélanger des marques ou zapper un élément peut annuler la performance.

Les solutions les plus utilisées

  • Résine d’étanchéité sous carrelage (SPEC) : application au rouleau/brosse en 2 couches (souvent) avec bandes aux angles. Polyvalent et pratique en rénovation.
  • Membrane d’étanchéité (natte) : feuilles collées au support, recouvrements étanchés par bandes. Très fiable, particulièrement en douche à l’italienne.
  • SEL : système liquide plus technique, intéressant sur certains supports ou configurations. Respect strict des épaisseurs et des temps de séchage.

Bandes et accessoires indispensables

  • Bandes d’angle (intérieurs/extérieurs) et bandes de pontage pour fissures/liaisons.
  • Manchons d’étanchéité pour traversées de tuyaux.
  • Collerettes autour de la robinetterie encastrée.

Colles, joints et silicones : leur rôle

La colle à carrelage et le joint ciment ne remplacent pas l’étanchéité. En revanche :

  • Choisissez une colle adaptée au support et à la zone humide (et au format de carrelage).
  • Utilisez un joint hydrofuge (voire époxy selon contraintes) dans la douche.
  • Le joint silicone sanitaire est un joint de finition, pas une étanchéité structurelle. Il doit être régulier, adhérent et entretenu.

Prix : budget et facteurs qui font varier le coût

Le coût d’une étanchéité de salle de bains dépend surtout de la surface, du type de douche et du système choisi.

Ordres de grandeur (matériaux)

  • SPEC liquide : souvent le plus économique au m² (résine + primaire + bandes).
  • Membrane/natte : plus cher en fourniture, mais très robuste et régulière.
  • Joints époxy : plus coûteux et plus technique, mais très résistants aux taches et à l’eau.

Facteurs de prix

  • Douche à l’italienne vs receveur (complexité des pentes et de la bonde).
  • État du support (ragréage, reprise fissures, dépose ancien carrelage).
  • Nombre de points singuliers (niches, banc, tuyaux, angles multiples).
  • Choix des finitions (grands carreaux, mosaïque, joints époxy).

À prévoir aussi : la ventilation (VMC) et/ou un extracteur, car une bonne étanchéité ne remplace pas une bonne évacuation de l’humidité.

Étapes de mise en œuvre (pas à pas)

Les étapes varient selon les systèmes, mais l’enchaînement logique reste similaire.

  1. Diagnostic et préparation : support sain, propre, sec, dépoussiéré. Traiter les moisissures, retirer les joints dégradés, réparer les fissures et zones friables.
  2. Mise à niveau : ragréage si besoin. En douche à l’italienne, réaliser la pente et contrôler l’écoulement.
  3. Primaire d’accrochage : indispensable sur supports poreux/absorbants ou selon notice. Respecter le temps de séchage.
  4. Traitement des points singuliers : bandes d’angles, manchons autour des tuyaux, renforts aux jonctions (mur/sol, receveur/mur).
  5. Application de l’étanchéité : 2 couches croisées en respectant la consommation/épaisseur indiquée (ou pose de la membrane avec recouvrements étanchés).
  6. Temps de séchage et contrôle : ne pas carreler trop tôt. Vérifier l’absence de zones oubliées, bulles, manques.
  7. Pose du carrelage : colle adaptée, respect des temps ouverts, double encollage si nécessaire, croisillons et alignements.
  8. Jointoiement et finitions : joints hydrofuges, puis joint silicone sanitaire aux liaisons (angles, baignoire, receveur) après séchage complet.

Astuce pratique : prévoyez un éclairage rasant lors de l’application des résines pour repérer les manques et surépaisseurs.

Entretien et durabilité

Une étanchéité bien réalisée dure longtemps, mais les finitions (notamment silicone et joints) demandent un minimum d’attention :

  • Aérer après chaque douche (VMC en bon état, fenêtre si possible).
  • Nettoyer régulièrement les joints avec des produits non agressifs (éviter l’eau de Javel répétée qui fragilise certains joints et silicones).
  • Surveiller : noircissement rapide, décollement du silicone, carreau qui sonne creux, fissure à un angle.
  • Remplacer le joint silicone dès qu’il se décolle ou moisit en profondeur (gratter, dégraisser, sécher, reposer).

Erreurs fréquentes à éviter

  • Penser que le carrelage suffit : sans SPEC/SEL ou membrane, l’eau finit par passer.
  • Oublier les angles et traversées : ce sont les points de fuite n°1. Les bandes et manchons ne sont pas optionnels.
  • Carreler trop tôt : un temps de séchage non respecté = étanchéité fragile, cloques, délamination.
  • Appliquer une seule couche ou une couche trop fine : l’épaisseur minimale fait la performance.
  • Mauvaise préparation du support : poussière, ancien silicone, support humide ou friable = mauvaise adhérence.
  • Mélanger les systèmes (produits incompatibles) : primaire d’une marque, résine d’une autre, colle non prévue… risque élevé.
  • Joint silicone mal fait : sur support humide, sans primaire d’adhérence si recommandé, ou trop fin : il se décolle et laisse passer l’eau.

Quand faire appel à un professionnel

Vous pouvez réaliser une étanchéité sous carrelage en rénovation si vous êtes soigneux et que la configuration est simple. En revanche, il est conseillé de passer par un pro (carreleur, entreprise de rénovation) si :

  • Vous créez une douche à l’italienne (pentes, bonde, continuité d’étanchéité).
  • Le support est dégradé (fissures, plancher bois, mouvements, humidité persistante).
  • Vous êtes en appartement avec un risque de dégât des eaux important.
  • Vous posez une membrane/SEL avec exigences strictes ou des finitions complexes (niche, banc, grandes surfaces).

Un professionnel apporte aussi une garantie sur la mise en œuvre et identifie les points faibles (seuil, ventilation, jonctions).

Conclusion

Réussir l’étanchéité d’une salle de bains, c’est choisir un système adapté (SPEC, membrane, parfois SEL), traiter soigneusement les zones d’eau directe et surtout les points singuliers, puis respecter les temps de séchage avant carrelage et finitions. En cas de doute, notamment pour une douche à l’italienne ou un support sensible, l’intervention d’un professionnel peut éviter des réparations bien plus coûteuses que le budget initial.

FAQ

Le joint silicone suffit-il pour l’étanchéité d’une douche ?

Non. Le silicone est un joint de finition. L’étanchéité se fait sous le carrelage (SPEC/membrane/SEL) et autour des points singuliers, puis le silicone complète aux liaisons.

Faut-il une étanchéité sous carrelage sur tous les murs de la salle de bains ?

Pas forcément. On priorise les parois directement exposées à l’eau (douche, contour baignoire) et souvent le sol. Le reste dépend de la configuration et du niveau d’humidité.

Peut-on appliquer une résine d’étanchéité sur un ancien carrelage ?

Oui dans certains cas, si le carrelage est parfaitement adhérent et après préparation (dégraissage, ponçage/accrochage, primaire adapté). Vérifiez la compatibilité indiquée par le fabricant.

Combien de temps attendre avant de carreler sur un SPEC/SEL ?

Selon le produit, cela peut aller de quelques heures à 24/48 h. Respectez strictement la notice : carreler trop tôt est une cause fréquente de défaillance.

Quel joint choisir pour éviter le noircissement dans la douche ?

Un joint de carrelage hydrofuge bien posé limite le problème, mais la ventilation reste déterminante. Le joint époxy est plus résistant aux taches et à l’eau, mais plus technique à appliquer.